Récit du voyage - Etape 6

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Le temps des Lofoten

En Norvège, c’est devenu une habitude, on fait un check météo matin, midi et soir. Et ce qui est dit le soir n’est plus forcément valable le matin. Pire, là, tout de suite, il pleut. Oui, selon yr.no, le site météo national, il pleut sur Ramberg, maintenant. Et il va pleuvoir toute la journée. L’annonce me turlupine. J’ai beau tendre la main à l’extérieur de la fenêtre. On le voit bien, il ne pleut pas.
À deux, on serait partis en randonnée, quitte à prendre l’eau en cours de route. Ça nous est déjà arrivé en Norvège, à Geiranger. C’était il y a 7 ans. On avait fini notre chemin dans un toboggan de boue.
Avec bébé, on va plutôt éviter ce genre d’aventures. On a bien acheté une cape imperméable pour le porte-bébé, mais on n’est pas trop au point sur le mode d’emploi. Et puis va changer une couche sous la pluie en pleine nature…
On a de toute façon largement de quoi s’occuper. Tiens, aujourd’hui, si on allait visiter les fameux villages de l’île de Moskenes, Å i Lofoten et Reine.

Sur la carte, Å est au bout de la route, le dernier bled avant la mer. Au bout du monde la déception.

Nous nous retrouvons au cœur de ce qui nous semble être une résidence hôtelière de vrais Rorbus faussement retapés, entrelardés de câbles électriques, de hangars vilains et de parkings pour Campings-car. Même le cadre naturel est assez commun. Peut-être pas « commun », allez, mais loin du grand spectacle annoncé. Au bout de 45mn, nous reprenons le bus, car sinon c’est trois heures coincés dans ce trou.
Le temps est si triste aujourd’hui. Une chape grise a mis la lumière sous le boisseau. Les Lofoten y perdent forcément une partie de leur splendeur.
Le paysage s’ouvre sur un chapelet d’îles entre fjord et mer, au pied d’un cirque montagneux imposant. Nous arrivons à Reine plein d’espoirs, et le bus nous dépose dans son cadre enchanteur. Déception encore pour le village, quelques jolis rorbus trop propres sont l’apanage des touristes en villégiature, et le point de ralliement est une grande place-parking sans charme. On fait le vœu de s’éloigner et marchons vers la sortie du village. Au bord de la route, l’envie de mitrailler du Reflex nous reprend. C’est quand même très beau, il suffit d’effacer de la photo quelques bâtiments disgracieux.
On marche le long de la route, faute de mieux, vers différents points de vue tout autour des îles du village. Notre endroit favori : ce séchoir à morue géant qui trône sans obstacles face aux eaux vert sombre du fjord. On n’ira pas au sommet de Reinebingen, falaise noire pyramidale, d’où la vue sur Reine est la plus connue. C’est la photo de tous les catalogues de promotion de la région, mais la montée est raide, pas aménagée, boueuse par temps humide… On fait l’impasse.

De retour à Ramberg, le coucher de soleil s’annonce moins flamboyant qu’hier. On s’endort quand les premières gouttes de pluie commencent à tomber.

Ce matin, on ne voit plus rien. Il n’y a plus de village, plus de montagne. La brume a tout envahi, et la pluie fait son cliquetis sur le toit de notre Rorbu.
Aujourd’hui, il est urgent de ne rien faire.
Nous passons une longue partie de la journée dans l’adorable café Friisgarden de Ramberg. Héloïse y part à la renverse, emportant avec elle une chaise du restaurant. Plus de peur que de mal. 5 minutes plus tard, elle repart à l’aventure, s’agrippant de table en table, elle tente d’arracher un sourire aux rares clients qui dégustent stoïques leur soupe de poisson maison.
Même la balade sur la plage tourne court. Le vent est violent, Héloïse a froid et le fait savoir. On rentre se réchauffer dans notre rorbu.
Alors vous allez nous dire. De quoi vous vous plaignez ? Vous êtes partis en Norvège. En NORVEGE ! Le pays le plus arrosé d’Europe. Vous vous attendiez à quoi, dorer sous les cocotiers ? Non, bien sûr, mais vous savez, c’est comme pour tout. L’espoir fait vivre !
On passe un coup de fil au Skagen camping pour savoir si notre cabane est de nouveau habitable. Elle ne l’est pas. Ça sent les produits désinfectants à plein nez. On reste au moins une nuit de plus ici, à Ramberg.
Etape suivante - Et si on s’arrêtait là…
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