Récit du voyage - Etape 2

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De la Baltique à la Laponie

En prenant un petit déjeuner à peu près correct, on discute de la journée qui s’annonce. On a un peu de temps et un archipel à découvrir. Au large de Luleå, les îles nombreuses se baignent dans la Baltique mais les guides touristiques ne sont pas bavards sur le sujet. On se dirige donc vers le port sans savoir sur quelle île de l’archipel nous allons passer la journée. Pour le choix du bateau, ce sera plus simple. Le Simphoni quitte le port à 11h30, fait escale sur 6 ou 7 îles, puis revient à Luleå vers 21h. Il y a aussi le Stella Diana qui fait toutes les deux heures la navette entre Lulea et Klubbviken, l’île la plus proche.

Pour en savoir plus sur les îles, j’interroge les vacanciers puis les employés du Simphoni « Il y en a tellement » me dit-on… Merci les gars. On monte donc à bord du Simphoni toujours dans le flou, même pas peur. C’est un immigré irakien qui finira par me convaincre d’accoster à Klubbviken. Une belle plage, un sentier côtier, un restaurant, l’ombre des bouleaux… Idéal pour la famille me dit-il, sans savoir à ce moment-là que je trimballe un bébé de 9 mois. C’est toujours mille fois plus d’infos que tout ce que guides/touristes du coin/professionnels du tourisme local ne nous donneront jamais.
Je passe un long moment à discuter avec cet homme avenant. Venu faire ses études en Suède dans les années 90, il y est resté pour toujours, quittant définitivement sa ville 95% chrétienne près de Mossoul. Il me parle de Luleå, de ses hivers noirs, sa mer gelée, de ses étés presque chauds, une ville tranquille loin de l’agitation où il vit avec sa famille et quelques autres venues du même pays. Leurs enfants nombreux mettent juste ce qu’il faut d’ambiance dans ce bateau trop sage. C’est l’heure de débarquer sur l’île de Klubbviken et notre conversation s’arrête sur l’accueil des réfugiés, en particulier celui des chrétiens d’Orient. Vaste sujet…

Nous posons le pied sur Klubbviken, cherchons rapidement l’ombre des pins, et une bonne terre pour un pique-nique. Un sous-bois en surplomb de la plage sera notre coin tout confort. On s’installe sur notre nappe imperméable de poche, 300 grammes à la pesée, et y passons la moitié de la journée, à la cool. Les vacances.

Derrière le restaurant, un chemin longe le rivage, d’abord le long de mignons cabanons rouges à louer, puis au milieu d’une lande côtière. Notre poussette citadine sillonne entre les parterres de fleurs roses jusqu’à ce que le terrain devienne plus sablonneux. Fin du voyage pour la vaillante Yoyo, nous retournons près de la plage.
Pour ce voyage, j’avais promis de me baigner dans la Baltique puis l’Atlantique. Je dégaine donc le maillot de bain, et fonce aussi vite qu’on peut dans une eau à 17¨C. Du haut de ses 9 mois Héloïse ne trempe que ses petites mains et profite plutôt du sable clair pour se lancer dans une course à quatre pattes.

Au restaurant, nous attendons le ferry avec quelques bières locales et un délicieux dîner de poissons. Nous rentrons comme nous sommes venus, à bord du Simphoni. Il accoste au port de Luleå à 20h40, et nous rentrons directement à l’hôtel après cette chouette journée de vacances.
Il est l’heure de faire nos sacs.

Un train pas comme les autres : De Luleå à Abisko

Il paraît que les trains pour Abisko sont pleins. Ce matin pourtant, la gare de Luleå n’est pas le centre du monde. Nous croisons deux ou trois autres backpackers, et une personne en fauteuil roulant. C’est bien le train pour Narvik, et nous montons dans un wagon vide même si la contrôleuse très sérieuse nous annonce que le train est complet.
En fait, c’est à Boden que tout le monde monte, gare qui fait la connexion avec le Sud du pays. Certains, c’est sûr, n’en sont pas à leur premier kilomètre de rail aujourd’hui. Nous roulons 5 heures jusqu’à Abisko, dans un décor de plus en plus sauvage et montagneux, aux airs de bout du monde. Nous traversons plusieurs cités minières, Kiruna qui avec sa montagne éventrée nous rappelle la ville de Potosi. Ce train n’est pas comme les autres, c’est celui du fer, extrait des bons filons suédois et acheminé jusqu’à Narvik en Norvège. La voie n’a pas d’autre raison d’exister, mais elle offre aujourd’hui un périple sur-mesure aux âmes voyageuses ou ceux qui aiment les symboles. Peu avant Gallivare, nous franchissons le Cercle polaire pour la première fois de notre vie. Je passe ce moment d’importance à changer une couche. La vie de parent !

Nous arrivons à Abisko Östra sous la pluie, la première du voyage, mais l’accueil à l’Abisko Guesthouse est si chaleureux que nous l’oublions vite. Nous partagerons pendant 3 nuits un chalet avec un couple allemand d’environ 50 ans. Chacun dans sa chambre et tout le reste en partage, un système bien pratique qui permet de bénéficier d’une cuisine et d’un salon dans un bled où le seul restaurant ne sert que deux plats : le burger au renne et la pizza pepperoni. Mais pas de panique, le Coop du coin est super grand.
Nous partons faire une petite promenade au bord du lac Torneträsk. La vue est splendide dans le soleil couchant.

La vue est splendide partout, à Abisko, dans cet espace vaste et ouvert sur des montagnes chapeautées de névés.

Un arc-en-ciel vient nous saluer à 22h30. Le soleil n’atteint plus Minuit depuis quelques jours seulement, mais en ce 25 Juillet, nous profitons quand même d’un jour sans fin, qu’en bonnes marmottes nous célébrons à l’abri de la lumière au fond de notre terrier.
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