Récit du voyage - Etape 5

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À travers les Lofoten

Les nuits sont calmes et claires à Kabelvåg. La lumière pénètre discrètement dans notre chambre, mais nous n’entendons pas la circulation sur la route E10 toute proche. Les campings-car peuvent continuer leur va-et-vient sans nous déranger.
En réalité, on se sent un peu comme chez nous à la Guesthouse. Kenneth nous a proposé d’aller fréquenter sa douche ou ses WC en cas de bouchon dans la seule salle de bain disponible pour les clients. Il suffit de monter l’escalier et franchir la porte toujours ouverte. On a notre petit coin salon et notre frigo à disposition, le lave-linge pas loin. C’est comme une grosse maison à partager, et un jardin pour nous seuls puisque personne d’autre ne semble y trouver d’intérêt. On prend notre petit déjeuner sous le soleil matinal, comme un dimanche à la campagne. Mince, on est samedi…
Le Lofotmuseet n’est qu’à quelques minutes de notre guesthouse. On se rend à pied visiter ce musée en plein air, reconstitution grandeur nature d’un village de pêcheurs. L’endroit, très joli, est habité depuis la nuit des temps. Les ancêtres Vikings, c’est sûr, avaient du goût.
Nous avançons de quelques pas pour le déjeuner, et traversons l’Atlantique par procuration. C’est une serveuse brésilienne qui nous sert Fiskburger et Fisksuppe dans une grosse résidence hôtelière attenante à l’aquarium local.

Le Lofoten Express, un bus avec vue

13h15 s’approchent à grands pas, et comme c’est l’horaire du bus express pour l’ouest, on se rend à l’abribus local, pas loin du port de Kabelvåg. En face, un père et sa fille rangent quelques paires de skis dans une remorque avant de prendre la route pour les vacances.
Bon, le bus est en retard.
Une femme noire arrive avec 3 gamins rigolards et adorables. Héloïse gazouille, c’est sa façon de dire bonjour. Elle s’appelle Adda, vient de Somalie et vit désormais à Svolvær. Choc des climats, choc des cultures, et communication peu évidente dans un anglais balbutié. En attendant leur bus qui part en sens inverse du notre, ils ont le temps d’aller s’acheter des glaces… et de nous en offrir ! Cadeau inattendu, générosité gratuite et naturelle… Comme un monde à l’envers.
Les rencontres éphémères sont toujours étrangères depuis le début de notre voyage. Seattle, Mossoul, Rio, Mogadiscio... Avec les suédois et les norvégiens, nous avons du mal à briser la glace .

Notre bus arrive enfin, et nous emmène en voyage pour les 3 prochaines heures. Nous traversons Austvågøya et Vestvågøya bien calés dans nos fauteuils. Notre regard s’égare à droite, à gauche, devant comme derrière pour dévorer les prairies verdoyantes ponctuées de rochers aiguisés qui s’effondrent dans l’océan.
Vestvågøya est plus douce et vallonnée, une terre d’agriculture nichée entre plusieurs îles à-pic.
Puis vient Flakstadøya . Nous y longeons un fjord étincelant aux eaux turquoises peu avant notre arrivée à destination : le Skagen Camping à Flakstad.
L’endroit est formidable, ceinturé de montagnes amples et ciselées. La plage est blanche, sauvage. C’est le moment pub Booking, encore mieux que la photo. On a réservé ici une petite cabane, la seule du camping, pour les 5 prochaines nuits. Ce sera notre petit paradis dans la nature. On y est !

On n’y est pas.

La cabane est infestée d’insectes. Un spécialiste est passé hier inonder les lieux de produits chimiques et mis la zone sous quarantaine. Il repassera dans deux jours. En attendant, la cabane n’est pas habitable. Mais la personne qui nous accueille se veut rassurante :

« On s’est bien occupé de vous. »

Il nous propose un logement à Ramberg, à 3km de là, et c’est sa sœur qui nous y emmène en voiture. On quitte donc Flakstad pour le port de Ramberg. On dépasse la jolie plage, le « centre », et à la lisière du village, la voiture tourne à droite sur la dernière jetée du port. Sur un chemin caillouteux, nous dépassons au ralenti deux maisons de pêcheurs. Il en reste une, là-bas, tout au bout du chemin. C’est la maison du Polar scandinave, vous savez, celle où on cache les corps. Cette maison, c’est la nôtre.
On monte au premier étage par un raide escalier, car le rez-de-chaussée est réservé au matériel de pêche et quelques morues qui sèchent accrochées au plafond. Avec ses 2 chambres et son grand salon, l’endroit est confortable, un peu sombre malgré des fenêtres situées aux 4 points cardinaux. On peut observer le petit chalutier amarré sur le pont tout en restant affalé sur le canapé. On voit au loin les pics de Moskenesøya et plus près l’activité discrète du port de Ramberg. Ce n’est pas tout à fait ce dont on rêvait, mais il paraît que dormir dans un Rorbu, c’est le truc à faire sur les îles Lofoten. La voiture repart sans nous. Nous restons seuls sur notre jetée, une certaine idée du bout du monde.
A 22h30, nous mettons un orteil en dehors de notre « Lysboen » rorbu. Le soleil entame sa chute lente et inexorable dans un ciel de lumières qui rougeoie au-delà de Minuit. Superbe !
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